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Vie et bien-être au bureau

Interruptions au travail : les comprendre et les éviter



Des études montrent que les interruptions au travail nuisent à la productivité, à la concentration et au bien-être. Voici quelques pistes pour mieux les comprendre… Et les combattre !

Vous êtes à votre bureau, quand un collègue vous interpelle sur un dossier. La discussion terminée, votre téléphone sonne ; vous répondez, tout en consultant une notification de mail… Dans les années 50, l’économiste Sune Carlson estimait que les interruptions au travail survenaient toutes les 20 minutes au travail. La chercheuse Gloria Mark, citée dans un documentaire de Laurence Serfaty, estime que ce temps est passé à 11 minutes.

Or, ces interruptions demandent un effort considérable au cerveau : « Quand vous êtes dans une activité intellectuelle, […] vous gardez pas mal de choses dans […] la mémoire de travail, c’est-à-dire ce que vous avez à l’esprit pour réaliser la tâche. Et tout ça va s’effondrer au moment où vous basculez sur l’autre activité… Il va donc falloir recharger cette mémoire de travail. Ça va avoir un coût, appelé en psychologie « le coût du changement » », explique Jean-Philippe Lachaux, chercheur en neurosciences, dans une émission de France Inter.

Les interruptions font baisser la productivité

Gloria Mark a montré qu’il fallait en moyenne 25 minutes pour revenir à une tâche après interruption. Ainsi, plus de 50 ans après la loi Carlson, le constat reste le même : « Un travail réalisé en continu prend moins de temps et d’énergie qu’un travail réalisé en plusieurs fois ». En observant des pilotes, Stéphane Buffat, médecin militaire interrogé par Laurence Serfaty, a de son côté constaté une augmentation du taux d’erreur en travail multitâches.

Stress et baisse de la concentration

Mais pour Gloria Mark, c’est aussi le travailleur qui souffre : « le prix d’un travail interrompu, [c’est] l’augmentation de la vitesse et du stress ». Elle incrimine notamment le mail : « plus les gens passent du temps sur leur mail, plus ils sont stressés». De manière plus globale, la chercheuse observe une baisse de la capacité de concentration. En effet, le temps d’attention devant un écran est passé de 3 minutes en 2004, à 1 minute 15 en 2012.

Le manque d’attention, phénomène de société

Les interruptions sont à la fois la cause d’une surcharge cognitive, et la conséquence de la fragmentation de l’attention liée aux nouvelles technologies et à l’hyperconnexion. Malgré tout, le chercheur Jean-Philippe Lachaux reste optimiste. Pour lui, la connaissance des mécanismes et la mise en place d’outils aident à reprendre la maîtrise de son attention.

En pratique : 3 conseils pour limiter les interruptions au travail

_ «Travailler en fractionné», soit une tâche après l’autre, suggère Jean-Philippe Lachaux. Des outils peuvent aider : Pomodoro, l’application Quality Time
_ Créer une charte des bonnes pratiques numériques, stipulant « de privilégier la communication directe, de se réserver un temps de déconnexion, d’organiser des plages horaires pour consulter ses mails ou encore de limiter le nombre de mails en copie», propose Focus RH.
_ Améliorer l’environnement et les conditions de travail. Le site Gereso préconise par exemple de réunir les collaborateurs et établir une charte rappelant quelques règles de coexistence dans l’espace de travail.

Julie Desbiolles

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