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Focus : métiers de la fonction publique

« Avec le maire, je forme un binôme » – Karine Gonsse, Dgs à Marcoussis (Essonne)



Pour Karine Gonsse, le service public a un coût que les impôts locaux, qui augmentent légèrement chaque année, doivent couvrir. C’est le prix à payer et à expliquer à la population pour le maintien d’un service public de qualité.

Comment caractériseriez-vous votre rôle de Dgs à Marcoussis ?

Je forme clairement un binôme avec le maire, Olivier Thomas. Et ce depuis 15 ans aujourd’hui. J’ai d’abord été Dga pendant cinq ans, puis Dgs depuis dix ans. On se connaît bien, on progresse ensemble, en s’appuyant sur un background politique commun. Dans cette commune de 8 300 habitants, il n’y a pas de directeur de cabinet. Mon rôle est donc aussi politique, au sens noble du terme. Que je sois de gauche ou de droite importe peu, l’essentiel est de partager une vision commune, basée sur des valeurs éthiques irréfragables.

Comment s’harmonise le binôme ?

Je connais ma place. Le maire ne se mêle pas de la vie des services. Nous avons des échanges parfois agités sur le sens politique à donner à notre action. Je lui dois la loyauté. Celle-ci ne doit jamais s’accommoder de demi-mesures. Si tel est le cas, il faut partir.

Comment cette philosophie ruisselle-t-elle jusqu’aux agents ?

Nous comptons 250 agents. C’est beaucoup pour une petite commune. Nous avons fait le choix du maintien de la qualité des services publics. Cela passe entre autres par des choix clairs, comme la suppression du financement d’une colonie qui ne concernait que 30 enfants pour renforcer notre école des arts sans numerus clausus et ses 1 000 usagers. Aucune inscription ne sera rejetée. C’est un vivier de créativité, qui permet d’enclencher sur des classes musicales aménagées, des pratiques d’orchestre avec des primo-instrumentistes. Nous voulons donner les clés aux enfants et aux adultes pour qu’ils deviennent des citoyens éclairés.

Le message est donc clair : dans votre esprit, moins d’argent public ne signifie pas moins de volontarisme politique…

Le philosophe italien Antonio Gramsci disait à peu près la chose suivante, qu’il faut préférer l’optimisme de la volonté au pessimisme de l’intelligence. Nous ne sommes pas loin d’être les champions du monde de la subvention, nous avons optimisé nos dépenses et développé nos compétences d’acheteurs, tout en augmentant progressivement chaque année les impôts. Nous faisons passer l’idée depuis des années que le service public a un coût au même titre que d’autres services privés. Chacun doit payer à la hauteur de ses moyens. Nous avons opté pour le taux de participation familiale au lieu du quotient familial et ses abrupts arbitrages de seuils. Le taux de participation se calcule sur la base d’un pourcentage. Par exemple, à la cantine, le prix du repas oscille pour les familles entre 50 centimes d’euros et 4 euros. Et la population l’admet sans problème.

 

Stéphane Menu

 

Le conseil de l’interviewée

« Ne jamais se perdre »

« Ne jamais se perdre. Rester sur la voie éthique que vous vous êtes tracée au début de votre carrière dans la fonction publique. Car sinon, vous n’apporterez pas grand-chose à ce métier, dont la seule justification est justement d’apporter aux autres  ».

1 commentaire

Yves Paul BALCOU

Yves Paul BALCOU a commenté Le 25 août

La qualité de votre article est indéniable et provoque la réflexion, je vous en remercie. Je m'interroge sur la pertinence de citer Gramsci qui serait peut-être impertinent dans le binôme au vu de ses valeurs ? je ne comprends pas non plus l'usage de ce mot magique "politique" dans vos missions. je suis plutôt d'avis que justement et fort modestement, il faudrait séparer dans nos rôles l'application de la décision politique de l'engagement politique. Et que le DGS ne doit pas porter une casquette de commissaire politique comme un chef de cabinet, même s'il n'y en a pas. Et dans le binôme, là aussi mot un peu magique, je me permets de rappeler que le Maire a droit de vie ou de mort sur votre emploi. Et avec le risque de la dégressivité salariale par la revisite récente de l'article 97 de la loi de 1984, la servilité peut apparaître. Si l'on rajoute la possible arrivée de contractuels dans nos missions, ce risque augmente. Le futur du métier de DGS et sa durée va changer fortement.