Le magazine des carrières publiques

Actus secteur public et territorial

Les années 2010 dans la Fonction publique, une période de transition ?



« Nous vivons une époque formidable » disait P. MEYER, homme de plume écrite et hertzienne. A coup sûr, une drôle d’époque. Faut-il s’en effrayer ou s’en réjouir ?

Cette époque est celle  des acronymes intrusifs (LOLF, RGPP, MAP), des anglicismes (« le new public management »), des mots en « ion » (rationalisation, mutualisation, évaluation). L’époque où certains pourront dire à l’heure de transmettre : « J’ai vu l’assaut par le Privé du Public, vieille citadelle pas si imprenable que ça, prise d’assaut par les troupes félonnes de la coalition de la Modernité et de la Performance réunies. J’y étais. »

Faut-il pour autant développer ce syndrome obsidional ? Faut-il s’effrayer ou se réjouir de ce temps troublé ? Que valent vraiment les forces en présence ? Le Privé semble invincible avec les trois pointes (dynamisme-productivité-rentabilité) de son trident, le Public est affaibli par des années de mauvaise image entretenue et de mauvais choix, sans compter les forces du SI avec ses fantassins en « el » (progiciels, systèmes décisionnels…) et sa cavalerie en « ique » (numérique, électronique…), déjà présents dans la place et qui s’imposent peu à peu sans pretium doloris apparent, avec leurs larges sourires des lendemains qui chantent et auxquels il est vain de s’opposer…

Et si le Public commençait déjà par croire en lui ?

Le Public et le Privé sont-ils comme deux gouttes d’huile et de vinaigre qui ne se mélangent pas ? N’y-a-t-il vraiment aucune voie vers un syncrétisme ? Certains ne voient qu’un champ de batailles, d’autres ferment les yeux ou sont déjà partis à l’infirmerie, beaucoup s’interrogent encore et pour tous, se fait entendre et se rapproche le fond sonore envahissant et inexorable des tambours de l’adaptabilité.

Résister ? Mais à quoi ? Faut-il vraiment se battre du haut des remparts ? Me vient alors un vieux proverbe portugais : « Quand vient la tempête, certains construisent des digues là où d’autres construisent des moulins. » Le souffle est déjà là, j’espère que je saurai être un bon meunier…

Jean-Jacques Roux – DGS de la ville de Marignane

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