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Actus secteur public et territorial

Action publique : donner toute sa place à l’usager



L’étude conduite par le sociologue Jérôme Grolleau sur le sens de l’action publique ne sera publiée qu’au printemps. On sait déjà qu’elle préconise de replacer l’usager au cœur des politiques publiques.

« Action publique », cette expression utilisée de manière incantatoire par les uns et plus réaliste par les autres, semble être le mantra de l’année 2017. Lancé fin novembre par Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des comptes publics, le Forum de l’action publique, lui-même partie intégrante d' »Action publique 2022″, a l’ambition de donner la parole aux agents, mais aussi aux usagers via notamment une consultation en ligne. Si les fonctionnaires ont certainement une vision assez fine de l’action publique et de ce qu’il convient de faire quotidiennement  pour lui donner tout son sens, les usagers ont une opinion tout aussi respectable. Confronter les deux points de vue, sans arrière-pensée budgétaire…, paraît  intéressant.

Usager et fonctionnaire, même combat

La nouvelle étude confiée par l’Observatoire social territorial de la Mutuelle nationale  territoriale (MNT) au sociologue-consultant Jérôme Grolleau sur le sens de l’action publique participe de la même approche. La finalité du travail des fonctionnaires n’est-elle pas de servir les usagers des services publics ? Ces deux entités ne mènent-elles pas le même combat et ne doivent-elles pas davantage faire corps ? La réduction des moyens et les contraintes financières ne poussent-ils pas l’une et l’autre à se réinventer ?

Destinée à être publiée en avril 2018, cette étude a déjà donné lieu à une multitude d’entretiens entre juillet et novembre 2017 auprès d’une quarantaine de territoriaux de toutes catégories. La MNT et l’Association des administrateurs territoriaux de France (AATF) a permis à Jérôme Grolleau d’en dévoiler les grandes lignes lors des Entretiens territoriaux de Strasbourg les 6 et 7 décembre 2017.

Les territoriaux, agents du quotidien

« A la différence des agents de la fonction publique d’Etat, qui manient davantage des concepts d’abstraction et d’universalité, confie le sociologue, les territoriaux sont ancrés dans le réel, dans le quotidien des usagers et ils doivent s’adapter en permanence à des situations singulières. Au travers des réponses, je sens monter en flèche des valeurs instrumentales telles que réactivité, efficacité, adaptabilité, face à de grandes valeurs comme le bien-être de l’usager ».

A l’ère de « l’empowerment », -concept venu des Etats-Unis qui définit le pouvoir d’agir des individus et des groupes sur leurs conditions sociales, économiques et politiques-,  le sociologue questionne les agents sur le véritable rôle de l’usager.

« Tout le monde l’a dans la tête, l’usager, mais est-ce qu’il est à la table des réunions ? s’interroge-t-il. Entre directions des services et agents, il faut sortir des discussions sur les conditions de travail et réintroduire l’objet du travail lui-même, l’usager, souvent chasse gardée des élus. »

Dans ses 20 propositions aux candidats à la présidentielle 2017, l’AATF avait elle aussi milité pour « plus de transparence et de participation citoyenne », notamment par « des audits citoyens », rappelle Doriane Leborgne Huart, DGA en charge du pôle innovation et dialogues à la Métropole européenne de Lille et membre du bureau de AATF. Le sujet reste d’une brûlante actualité. Il appartient aux managers territoriaux de veiller à en faire le moteur de l’action publique conduite jour après jour par leurs équipes.

    Emmanuelle Quémard

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