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Actus Recruteurs : RH et Management

« Un bon charpentier ne va pas forcément devenir un bon manager »



Dans son dernier livre (La Comédie (in)humaine, Editions de l’Observatoire), coécrit avec la philosophe Julia de Funès, l’essayiste français Nicolas Bouzou pointe les dérives managériales dans les entreprises ou les administrations. Il propose de revenir au sens du travail plutôt que de chercher dans les parties de baby-foot d’hypothétiques réponses à une crise de la définalisation de notre société.

Pourquoi le travail devient-il à vos yeux une comédie (in)humaine ?

 

Toutes les études attestent que la part des salariés désengagés au sein de leur entreprise double tous les dix ans. Paradoxalement, dans le même temps, les entreprises ou les administrations investissent de plus en plus dans le bien-être. On peut même aller jusqu’à dire que le bien-être s’améliore : la pénibilité au travail recule, les accidents du travail sont moins nombreux, etc. Cette démotivation vient donc d’ailleurs. Elle s’incarne dans un triple manque : manque de sens, les gens ne savent plus pourquoi ils vont bosser ; manque d’autonomie, on demande aux salariés d’être autonomes et créatifs mais l’avalanche de reportings et autres process empêchent d’atteindre cet objectif vertueux ; enfin, manque d’autorité, dont la racine latine auguere signifie augmenter, tirer les gens vers le haut. L’autorité respectable est aujourd’hui en crise.

 

Peut-on être un bon professionnel et un mauvais manager ?

 

Tout le problème est là en fait… Dans les organisations, on devrait nommer des gens qui ont des qualités de manager. Or, dans notre pays mais dans beaucoup d’autres aussi, manager n’est pas considéré comme une compétence mais comme une promotion, c’est la raison pour laquelle 90 % des managers en France, mais aussi dans de nombreux autres pays, sont mauvais ! Ce n’est pas du tout de leur faute, ils n’ont pas été formés pour exercer cette mission… Un bon charpentier ne va pas devenir un bon manager…

Pourquoi le débat autour du management est-il plus vif aujourd’hui ?

 

Parce que les aires compétitives se sont étendues et que la révolution numérique impose une riposte et que les salariés, notamment les plus âgés, n’y sont pas préparés. Aujourd’hui, une université est en compétition avec une école de commerce ; le choix peut se faire à Taiwan comme à Nice… La révolution numérique mais aussi les technologies robotique et l’intelligence artificielle transforment le rapport à l’automaticité fonctionnelle : tout ce qui  n’est pas humain sera automatisé ; par déduction, dans les entreprises, il ne restera plus que de l’humain… Nous sommes donc à un tournant : aux salariés humains de se réapproprier le sens ! Allez faire un tour dans une Caf. Un robot pourra déterminer si la personne, à partir de certains critères, est éligible au RSA ; mais l’humain sera seul à pouvoir l’orienter vers des formations pour qu’il retrouve le chemin de l’employabilité…

 

Stéphane Menu

 

Nicolas Bouzou est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages dont Le travail est l’avenir de l’homme et le dernier, publié en septembre 2018 également par Les Éditions de l’Observatoire : La comédie (in)humaine co-écrit avec la philosophe Julia de Funès. Il vient de sortir Sagesse et folie du monde qui vient avec le philosophe Luc Ferry (Xo Editions).

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